16 mai 2008
Passy mal
Au fil de mes pérégrinations internet-autiste-hic, je suis récemment tombé sur le blog d'une donzelle d'une vingtaine d'année dont j’ai trouvé le titre http://maviedeconnasse.hautetfort.com/, et le sous-titre : "toutes nos petites péripatéties à Passy (et ailleurs)" très prometteur.
La charmante personne y décrit sa vie sentimentale et familiale. On peut y lire des textes drôles et travaillés dont le charme tient, à mon sens, surtout à l'expression de formules et tournures de phrases n’appartenant qu’à un certain milieu.
C'est justement là, à mon humble avis, que le bât blesse.
Ce genre de blog, pour amusant, distrayant, et même attendrissant qu'il soit, se situe volontairement dans le droit fil des productions diverses et variées de certaines gens qui se font une publicité d'appartenir à une classe privilégiée. On y lit à chaque ligne une citation de boutique, de marque, d'estaminet, dont le caractère exclusif se veut constamment rappeler "qu'on en est, que l'on connaît".
C'en est gênant.
ON A COMPRIS.
Cela finit même par gâcher la lecture.
Mademoiselle fait partie des gens comme il faut, et de marteler force détails censés le prouver et n’ayant finalement pas grand-chose à voir avec les histoires racontées, ou les prolongeant d'une façon trop systématique pour être naturelle, comme autant de "moi je moi je", ou "papa il papa il" visant à certifier une situation sociale, ou un pauvre hère qui, fier de son aïeul ayant un jour croisé par hasard une personnalité et s'étant fait photographié avec elle, se fait une loi de la montrer à tous les gens qui entrent chez lui, démontrant par là même que la légende et le fantasme qu'il se fait du statut social de son ascendant lui est surtout cher à cause de son inaccessibilité.
Et, pour comble de snobisme, on assaisonne le tout d'une sorte de pseudo rébellion qui, pour vouloir dire à grand renfort de termes obscènes, "Papa il est trop con, c'est un con de riche..." ou "moi je suis tellement riche je suis une sale connasse une pute", cherche en fait uniquement, à se placer, à se situer, ou, selon une expression vieillie, à "poser" (Cf. Lolita Pille, Hell qui en modèle du genre, décrit à longueur de page le mode de vie des nappies pour bien rappeler qu'elle en a été mais qu'elle cherche autre chose parce que, tellement "high level" que même ça, pour elle, c'est de la merde).
Tout ces gens posent.
En distillant au gré du texte références sur références censées éblouir et susciter l’envie, ils nous disent d'abord "Mon milieu social est parfait et supérieur au votre" puis, continuant à situer ce milieu à un niveau inaccessible au commun du lecteur tout en le leur faisant miroiter au fil de leur prose ils nous disent ensuite «Ce milieu, vous n’en ferez jamais partie», enfin, terminant leur fastidieuse démonstration par un pied de nez, ils nous disent "Ce milieu dans lequel je vis qui pour vous est la perfection est, pour moi, de la merde ".
L’on se retrouve donc devant le raisonnement suivant :
1. Je provoque un sentiment d'envie en étalant le maximum d’attributs de mon milieu supérieur possible : surenchères de références à des lieux inaccessibles auxquels j’ai accès, des gens connus que je connais, des marques de luxe que j’achète, des fêtes mondaines où le champagne coule à flot et où j’appelle les stars par leur prénom auxquelles j’ai participé etc. (et Poliakov a justement défini ces fêtes comme un attribut distinctif de classe).
2. J'ai provoqué un sentiment d'envie et je valide Jean-Pierre : maintenant que j'ai bien décrit la célébrité et le luxe des personnes, des objets et des endroits encombrant ma vie, les magazines chez votre coiffeur et vos rêves, je lance une multitude d’incidentes censées vous faire manger le pissenlit par la racine et, pour protéiformes qu’elles soient, signifient toujours : « Tout cela, c’est vos rêves, et pour moi qui les vis, vos rêves, c’est rien que de la merde ».
On le voit, on touche ici à la quintessence du snobisme, à savoir la propension à se prévaloir et se vanter d’une qualité que l’on envie en fait soit même et dont à force d’y prétendre l’on démontre finalement la lacune (Gonzague de Saint-Bris a très bien défini la notion dans Qui est snob ?).
Et d’être snob, ce genre d’auteur s’en accuse inconsciemment de deux façons.
La première, en faisant surenchère de références décrites comme une pénitence au lecteur d’une façon trop récurrente et faussement anodine pour être honnête : si j’aime me promener dans la montagne l’après-midi, faire une pose en buvant de l’eau fraîche et terminer par un bon dîner chez des amis, je n’en fais pas pour autant le récit en vantant la qualité de l’air si désespérément pur de cette montagne sainte Victoire que s’en est douloureux, en faisant le panégyrique de cette eau au nom-germanique-imprononçable si bonne pour mon corps tant qu’elle n’est servie que dans les bars à eau dans le vent du marais, ni de ces amis qui nous ont décidemment servi les seules tartes au citron meringué qui soient, « les tartes au citron meringué de chez Fauchon ».
La seconde, c’est que lorsque l’on est d’un tel milieu, même les fins de race qui y sont les seules personnes à en être vraiment dégoûtées n’en parlent pas de cette façon. Soit l’on est écoeuré par un repas excessif que l’on vomit au sens propre du terme, soit l’on en est seulement repu, et l’on en fait au mieux la critique que pour mieux souligner le plaisir que l’on y a pris.
Et c’est bien là le fait de ce genre d’écrivains, les Athénaïs de la Taille, Lolita Pille et autres Beigbeder qui les édite et aspire naïvement à atteindre au génie singulier d’un Houellebecq : conspuer un monde qu’en fait ils chérissent par-dessus tout, cracher publiquement dans une soupe qu’ils se délecteront ensuite de boire en petit comité, exonérer leur propre merde afin, à la première occasion, de mieux s’y complaire.
Et un Robbe-Grillet dont la moindre des qualités ne fut pas qu’il réunissait d’une façon assez rare celles d’érotomane public et d’académicien a pu dire de l’un d’eux « il gâche son talent, mais il le gâche avec génie »…
Pet à son âme.
Commentaires
c'est dommage que vous n'ayiez rien compris à son blog.
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